LE TILLEUL

 

 

Il y avait une fois, à la lisière d’une forêt, plusieurs arbres rassemblés qui avaient engagé une conversation sur ce qu’ils aimaient le plus au monde. 

Un jeune bouleau élancé et argenté était parmi eux, il se balançait continuellement et chantait : « le printemps, le printemps ! ».

Un vieux chêne tout noueux murmura : «  c’est l’orage que j’aime le plus ! Je peux me battre avec lui ! L’orage, croyez-moi, c’est notre maître à tous ». 

Un jeune mélèze dit que c’était les étoiles qu’il préférait et un hêtre célébra en chuchotant les secrets de la nuit.

 

Au milieu d’eux s’élevait un tilleul. Tous le regardaient étendre généreusement ses branches et écouter les abeilles qui bourdonnaient parmi ses fleurs et ses feuilles en forme de cœur.  

Moi, celui que j’aime le plus, c’est l’homme »  dit le tilleul.

 

 

« L’homme ? » cria le hêtre, « frère tilleul, ça je ne le comprends pas !»

« L’homme ! » Dit le mélèze en s’adressant au sapin.»

« Pas possible, grommela le chêne, comment peut-on préférer l’homme ? »

 

Tous les arbres se détournèrent du tilleul qui cessa de parler et se remit à écouter les abeilles. Le tilleul se disait : «  Ils ne me comprennent pas, ce doit être quelque chose en moi qui me lie aux êtres humains ; je vais aller vers eux ! ». Et, dans la nuit, il quitta la forêt, traversa champs et prairies et parvint au village où il perçut des lumières et des voix d’hommes. Il s’installa sur une place libre où il enfonça ses racines, et il attendit.

 

 

Le matin vinrent des enfants du village qui chantaient et qui sautaient ; quand ils virent le tilleul, ils crièrent « Là ! Jouons là ! » et ils formèrent une ronde fantastique autour de l’arbre. 

Demain, cher tilleul, demain nous reviendrons ! » Crièrent-ils, puis ils rentrèrent en courant à la maison.

Vers midi, des jeunes gens et des jeunes filles revinrent des champs, et ils se reposèrent à l’ombre de l’arbre ;  «  ici, nous avons un splendide espace pour danser, juste sous le tilleul. Nous nous réunirons ici chaque jour de fête, et nous nous amuserons bien » dirent-ils ; et ils commencèrent à chanter. Le tilleul les entendait encore alors qu’ils étaient déjà loin.

 

 

Une vieille maman arriva avec une corbeille dans les bras :« Mais…tu fleuris déjà, tilleul ! Demain je viendrai cueillir quelques fleurs, ça fera une bonne tisane pour l’hiver ».

 

Le soir, arriva un voyageur ; c’était un poète, et il comprenait les tilleuls :  «  ah, si nous étions comme toi, cher tilleul… » dit-il, alors qu’il se reposait sous son feuillage ; « pleins de douceur et de générosité : tes feuilles en forme de cœur soulagent et guérissent toujours » et il se mit une feuille de tilleul à la bouche.

Maintenant, je sais ce que j’ai en commun avec les hommes » sentit le tilleul, « c’est le cœur ! ». Et ses feuilles bruissaient de joie et d’allégresse, et il chanta et étendit silencieusement ses branches au-dessus du voyageur qui sommeillait sous ses feuilles.

 

Les tilleuls sont les amis des hommes ; dans les villages, sur les vieilles places de marché, dans les rues et les jardins, ils cherchent à s’en approcher. Et en retour, l’homme cherche le tilleul quand il veut partager des choses importantes avec les autres ou quand son cœur le pousse à chercher un ami silencieux, s’il veut rêver, ou faire des vers.